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Rencontre-débat : Ambassade du Maroc à Paris

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eConsulat – L’ambassade du Maroc en France a organisé, mercredi soir, une rencontre-débat sur «Mondialisation et classes moyennes, l’occasion pour différents intervenants de croiser leurs regards et d’échanger idées et réflexions sur la problématique des classes moyennes qui interpelle en France, au Maroc mais également dans d’autres pays de par le monde.

Peut-on aujourd’hui identifier les classes moyennes et leurs motivations ? En quoi la problématique est-elle voisine ou au contraire différente en France et au Maroc ? En quoi ces classes moyennes ont-elles bénéficié ou souffert de deux changements structurels majeurs, la mondialisation et la révolution technologique ? Autant de questions et de réflexions qui ont ponctué cette rencontre-animée par Larbi Jaidi, économiste et Senior Fellow à OCP Policy Center et Christian de Boissieu, professeur émérite, membre de l’Académie des technologies.

« Pendant longtemps, les classes moyennes étaient synonyme de stabilité ; leur développement et expansion étaient une priorité des modèles de développement et constituaient une jauge de la bonne santé d’une société. Aujourd’hui, elles vivent un malaise un peu partout dans le monde. C’est vrai aux USA, c’est vrai en France, c’est vrai au Maroc et ailleurs », a indiqué l’ambassadeur du Maroc, Chakib Benmoussa en ouvrant cette conférence.

Dans un contexte de mondialisation économique qui génère de la croissance tout en augmentant les inégalités, de globalisation qui favorise les questions d’identité et le repli sur soi et de révolution technologique qui développe la polarisation des emplois (faible nombre d’emplois de haut niveau et grand nombre d’emplois de plus en plus précaire), les classes moyennes expriment des craintes de déclassement sous l’effet d’une baisse de pouvoir d’achat en liaison avec de nombreuses dépenses contraintes et d’un endettement croissant, a observé M. Benmoussa. Se posent dès lors « les questions de légitimité de la fiscalité et de sa capacité redistributive à un moment ou les services publics ne sont pas toujours disponibles, n’ont pas la qualité attendue et sont parfois à double vitesse », a-t-il remarqué.

De même, selon l’ambassadeur marocain, les classes moyennes n’adhérent plus à un modèle où l’ascenseur social fonctionne moins bien du fait d’un système d’éducation et de formation jugé peu performant et d’une situation de l’emploi problématique.

Au Maroc, en 2008 déjà, dans le discours du Trône, SM le Roi Mohammed VI avait insisté sur l’urgence de donner à la classe moyenne une place et une assise au sein de l’architecture sociale marocaine, et appelé le gouvernement à veiller à ce que toutes les politiques publiques soient stratégiquement vouées à l’élargissement de cette classe, a souligné l’ambassadeur, ajoutant qu’en octobre 2017, dans son discours d’ouverture de la session parlementaire d’automne, le Souverain a appelé à l’adoption d’un nouveau modèle de développement, «équilibré et équitable, garant de la dignité de tous, générateur de revenus et d’emplois». Sa Majesté le Roi a notamment insisté sur la nécessité d’assurer un enseignement de qualité, un accès digne à des services de santé d’un bon niveau, une justice équitable et une administration au service du citoyen. La problématique des classes moyennes est une problématique qui interpelle tous les pays, a estimé, de son côté, l’économiste marocain Larbi Jaidi, ajoutant que le Maroc, comme tous les autres « n’y échappe ». 

Souvent définie suivant une approche statistique (indicateurs du revenu), la classe moyenne ou les classes moyennes, qui étaient considérées jusqu’à peu comme un moteur de la croissance et de la stabilité sociale, jouent-elles toujours ce rôle ?, s’est-il interrogé. Au Maroc, selon les dernières estimations du HCP (Haut commissariat au Plan), la classe moyenne dépasse les 50 pc de la société. « Mais des questions se posent sur son devenir », a dit M. Jaidi.

Certes cette classe moyenne est « très importante » mais il n’en demeure pas moins qu’elle est « très vulnérable » en raison de son « fort endettement », a souligné l’économiste marocain car la classe moyenne marocaine consacre entre 30 à 35 pc de ses revenus à l’alimentation, le transport et l’éducation. « Une vulnérabilité qui interpelle et doit interpeller les pouvoirs publics », a-t-il estimé en s’interrogeant sur la place de la classe moyenne dans le contexte du débat actuel sur l’essoufflement du modèle économique marocain.

S’agissant de « l’ascenseur social », Larbi Jaidi considère qu’au Maroc, il a toujours fonctionné à travers l’éducation, mais aujourd’hui il montre des signes d’essoufflement : l’administration et la fonction publique n’arrivant plus à absorber les lots des nouveaux lauréats.

C’est à partir de là qu’on ressent l’angoisse d’un déclassement social que ressentent les classes moyennes marocaines non pas pour elles mais pour l’avenir de leurs enfants, a-t-il souligné avant de conclure que la réforme du modèle de développement doit prendre en compte la réforme des politiques publiques dans trois points focaux qui sont le socle de la protection sociale à savoir l’emploi, l’éducation et la santé.

« Assistons-nous à la fin de la classe moyenne ? », s’est interrogé pour sa part l’économiste français Christian de Boissieu, pour qui mondialisation et inégalités demeurent un sujet important qui se posent dans tous les pays.

Dans son intervention, il a également évoqué le sentiment de malaise que ressentent les classes moyennes partout dans le monde et qui ont l’impression de se retrouver dans « une sorte de trappe ». « Comment s’en sortir par le haut et comment échapper au déclassement social ? ». Ce sont-là les deux grandes préoccupations des classes moyennes, a-t-il dit, estimant que les nouvelles technologies, qui ont ramené avec elles « un appel d’air », ainsi que l’éducation et la formation sont de nature à permettre « une sortie vers le haut » des classes moyennes. 

Moâd ROCHDI

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