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Non les juifs du Maroc ne sont pas des réfugiés

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eConsulat – Les déclarations controversées de la ministre israélienne de l’Egalité sociale, Gila Gamliel, en janvier dernier, affirmant que Tel Aviv se préparait à réclamer pas moins de 250 milliards de dollars à un certain nombre de pays arabes et musulmans dont le Maroc, en guise de compensation pour les juifs partis en 1948 au lendemain de la création de l’Etat d’Israël, ont fait bondir le président de la Fédération sépharade du Canada. Avraham Elarar, d’origine marocaine, a publié, lundi 5 mars, une tribune riche en informations et enseignements sur le site The Canadian Jewish News , démontant point par point les allégations prétendant que les juifs marocains ont été chassés de leur pays. Une tribune qui rétablit une vérité historique connue et reconnue quant la position du Roi Feu Mohammed V et son gouvernement à l’égard des concitoyens juifs marocains.
Vu la pertinence de cette contribution, eConsulat vous en propose la traduction.
Le 5 janvier 2019, un article publié sur Times of Israel annonçait que l’État juif réclamerait 250 milliards de dollarsd’indemnisation pour les Juifs chassés des pays arabes. « Le temps est venu de corriger l’injustice historique des pogroms (contre les Juifs) dans sept pays arabes et en Iran , (…) et de restituer à des centaines de milliers de Juifs leurs biens, ce qui est légitimement le leur.», a déclaré Gila Gamliel, ministre israélienne de l’Égalité sociale.
Le journal a révélé qu’Israël avait collecté des revendications contre la Tunisie, totalisant 35 milliards de dollars d’indemnisation ainsi que 15 milliards de dollars contre la Libye. Auxquelles, l’Etat hébreux, compte ajouter des compensations supplémentaires à réclamer auprès du Maroc, de l’Irak, de la Syrie, de l’Egypte, du Yémen et de l’Iran.
Les déclarations de Gamliel ont placé le Maroc, de manière intentionnelle ou par inadvertance, sur le même banc des accusés que l’Iraq et l’Égypte. Ce faisant, elle a non seulement accusé injustement le Maroc d’actes qu’il n’a pas commis, mais elle a également affaibli la position des juifs qui se sont vus confisquer leurs avoirs et révoquer leur citoyenneté, dans d’autres pays, comme ce fut le cas en Egypte sous l’ancien président Gamal Abdel Nasser.
Ironie du sort, la déclaration de la ministre nie toute vérité sur les Juifs marocains et la raison qui les a poussés à quitter le Maroc. S’exprimant lors de la quatrième assemblée générale du Congrès juif mondial (WJC) en 1959, Alexander L. Easterman, secrétaire politique du WJC, a déclaré que même si Nasser encourageait les juifs à quitter l’Egypte – et les a même expulsés après la campagne du Sinaï en 1957, dans le cadre de sa lutte pour l’unité nationale -, le Maroc a découragé les Juifs de partir, afin de maintenir la diversité ethnique du pays.
Sur les 856 000 Juifs vivant dans les pays arabes et en Iran, plus de 257 000 soit 30%, vivaient au Maroc. Déjà avant l’expérience amère de la période de Vichy du temps du protectorat français, un nombre croissant de jeunes pro-sionistes avaient déjà commencé à s’engager dans le tsiyonut magshima – le sionisme actif menant à l’Alyah.
Dans son livre, North African Jewry In The Twentieth Century, Michael Laskier note que l’Association Charles Netter a été transformée en une importante organisation sioniste opérant au Maroc à partir de la fin des années 1920.
Le 15 août 1955, Easterman a rencontré, secrètement à New York, Ahmed Balafrej, alors directeur des relations publiques du parti politique marocain Istiqlal, afin de discuter de la préoccupation du Congrès juif mondial (CJM) pour le bien-être des Juifs du Maroc. Après la réunion, Balafrej a publié l’annonce suivante:
« Les Juifs n’ont pas à craindre qu’ils ne subissent aucune forme de discrimination dans un Maroc indépendant. Les Juifs du Maroc, comme ses musulmans, sont à la fois des citoyens de jure et de facto. Ils jouiront des mêmes droits et seront soumis aux mêmes obligations. Leur foi religieuse ne sera pas affectée. Le développement positif qu’ils verront sera leur libération du fardeau du contrôle colonial qui les exploitait également. Le Maroc est leur pays indépendant et celui qui aide les Juifs du Maroc contribue également à l’indépendance du Maroc. »
Quelques mois plus tard, le 30 octobre, alors que le sultan marocain en exil, Mohammed ben Youssef (devenu Mohammed V), préparait son retour au Maroc, il a reçu une délégation du CMJ, composée de Joseph Golan et de Gerhart Riegner, à qui il a déclaré:
« J’ai toujours considéré mes sujets juifs comme des citoyens totalement libres et des Marocains complètement égaux à mes sujets musulmans. C’est la politique que je vais adopter à l’avenir. Tous mes sujets bénéficieront de droits égaux et se partageront des obligations égales, sans égard à leurs croyances religieuses. Vous pouvez être sûrs que mes intentions seront pleinement mises en pratique à mon retour au Maroc. »
Parallèlement, les dirigeants du Conseil des Communautés juives du Maroc se sont réunis à Rabat pour formuler une déclaration exprimant leur grande joie du retour de Sidi Mohammed Ben Youssef et de sa famille. Ils ont appelé leurs coreligionnaires à se joindre à leurs frères musulmans pour célébrer son retour sur le trône. Et en effet, le 26 octobre 1956, Léon Benzaken, un médecin judéo-marocain, a été assermenté ministre du deuxième gouvernement de Mbarek Bekkaï, le même gouvernement dans lequel Balafrej deviendrait ministre des Affaires étrangères.
Et pourtant, malgré la réticence du Maroc sous le protectorat français à permettre une émigration massive de ses sujets juifs, et plus tard les assurances de Balafrej et de la déclaration du roi, 108 000 Juifs ont fait leur Aliya entre 1948 et l’indépendance du Maroc en 1956. Selon l’historien israélien Yigal Ben-Nun, 237 800 Juifs ont immigré du Maroc en Israël entre 1948 et 1967. La plupart l’ont fait par conviction sioniste, tandis que les autres aspiraient à de meilleures conditions économiques
Pour prétendre, cependant, que les Juifs marocains qui ont fait leur Aliyah (Ndlr : L’Aliyah ou immigration en Israël se selon l’agence juive pour Israël selon des formalités très précises. Cette procédure doit être impérativement suivie pour obtenir la citoyenneté israélienne) sont des réfugiés, les dénigre en faussant les faits historiques et en niant qu’ils soient de fervents sionistes. Quant aux 20 000 autres Juifs marocains ayant immigré en France et au Canada, où ils ont établi des communautés prospères, il serait également ridicule de les appeler des réfugiés, d’autant plus que beaucoup continuent à entretenir des liens économiques, culturels et universitaires forts avec le Maroc. En effet, contrairement à d’autres pays, le Maroc n’a jamais dépouillé ses citoyens juifs de leur citoyenneté.
Il appartient donc à ceux d’entre nous qui ont vécu notre propre départ volontaire du Maroc – que ce soit en faisant leur Aliyah à Israël ou en immigrant dans d’autres pays – de préserver notre intégrité morale et de défendre la vérité sur l’émigration juive du Maroc.
Moâd ROCHDI

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